Cie Non Nova – Phia Ménard

Une Athéna punk est assise sur scène, attendant son heure. Elle se lève, visage fermé, regard déterminé, empoigne une pique, tel un hoplite antique, pour mouvoir les cartons qui recouvrent le plateau. Il faut la voir se battre avec ce monument qu’elle tente difficilement d’édifier à grands coups de ruban adhésif et de cales, hommage à Athènes, cité des dieux, de la philosophie et des arts, emblème de la démocratie.

 

Le public est haletant devant le spectacle. Puis, son œuvre à peine accomplie, Phia Ménard la regarde ployer sous les assauts d’une pluie torrentielle, digne d’une mousson furieuse, effet du réchauffement climatique ou de la marée montante populiste. Le tableau est saisissant, notre maison Europe s’effondre sous le regard d’une Sisyphe moderne et désemparée. Comme si tout, finalement, était à reconstruire sans cesse. L’impressionnante performance de Phia Ménard autour de ces grands objets en équilibre, entre cirque et chorégraphie, est un nouvel exemple de son talent lorsqu’il s’agit de produire des images et des émotions fortes.

Presse

« Tout a déjà commencé à se transformer. «Grandir, vieillir ; mais également l’indifférence qui se creuse, jour après jour, entre les anciens amants, sans même qu’ils s’en aperçoivent ; comme aussi les Révolutions se renversant, sans crier gare, en privilèges, ou bien le réchauffement de la planète.» C’est un rappel qui figure dans un très beau livre intitulé les Transformations silencieuses, signé par le philosophe François Jullien.

Tandis que nous appréhendons le temps en termes de stations, d’instants T en instants T, des milliards de molécules opèrent en continu pour tout changer. Et ces transitions incessantes, notre cerveau occidental façonné par la philosophie grecque ne sait pas bien les saisir. Il pense en termes de formes déterminées. Tout le travail de Phia Ménard alors, cette grande artiste plasticienne dont le corps s’est aussi métamorphosé (d’homme devenu femme), s’attache à lui montrer, en guidant notre œil de spectateur pour qu’il contemple, là, sur scène, la durée avec laquelle la glace fond, la vapeur d’eau s’évanouit ou le sac plastique retombe au sol.

Fumée. Généralement elle n’a que peu de gestes à faire pour que naissent les symboles. Par exemple tous ceux, très politiques, charriés par cette gigantesque maison en carton qui finit par s’ériger sur le plateau du Théâtre de l’Agora à Montpellier. Un abri de fortune qui n’était tout à l’heure qu’une maquette prédécoupée, que l’artiste a construit énergiquement (agressivement ?) à la sueur de son front devant le public, pliant les bords et scotchant les coins, soulevant les murs, calant des broches pour les maintenir, et qui maintenant se déchiquette sous l’effet de douches interminables. Des trombes d’eau qui déferlent sur l’habitat précaire, pendant que la fumée mange l’espace et transforme le studio Bagouet en paysage cataclysmique.

Construire et saccager, édifier et gâcher. Est-ce parce que la demeure a été bâtie dans la violence qu’elle s’est écroulée ? Bienvenue à Athènes, maison mère de notre civilisation, socle de notre pensée. Phia Ménard a imaginé Maison mère pour la Documenta de Kassel (Allemagne), événement international exporté dans la capitale grecque l’an passé, au moment où partout en Europe pullulaient les tentes des réfugiés. Dans ce spectacle d’art plastique, premier volet d’une trilogie intitulée Contes immoraux, le seul signe qui évoque Athènes survient lui aussi sans même qu’on l’ait vu venir, après une bonne heure de performance.

Une fois la maquette montée, la maison a basculé et s’est refermée sur sa bâtisseuse, la piégeant à l’intérieur. Il a fallu sortir les grands moyens : entailler les murs à la tronçonneuse à intervalles réguliers, puis défoncer les bouts de carton découpés à coups de pied. C’est ainsi que les portes de sortie sont apparues soudainement sous la forme des colonnes du Parthénon, transformant la maison en carton en temple de fortune. «Un nouveau chaos semble se préparer, ou peut-être n’a-t-il jamais cessé de grossir. 1971, 1986, 1989, 2001, 2015. Naître, Tchernobyl, la chute du Mur, Patriot Act, fin du choix démocratique en Grèce.»

Guerrière queer. Bien heureusement, ces phrases de Phia Ménard figurent dans son texte de présentation et non dans la pièce elle-même. Car c’est toute la beauté de cette Maison mère, qui consiste donc à regarder l’artiste costumée en guerrière queer, Athéna clochardisée, manipuler son décor sans jamais que l’on sache assurément si elle en prend soin ou le malmène (ni si la maison la protège ou l’enferme) : laisser les images et le temps jouer. Nous laissant tout à fait libres de décider si ces images évoquent la construction-destruction de l’Europe, celle du patriarcat ou de la manière dont les deux sont liés. »
Libération – Ève Beauvallet

Distribution

Écriture et mise en scène : Phia Ménard et Jean-Luc Beaujault.
Scénographie : Phia Ménard. Avec : Phia Ménard.
Composition sonore : Ivan Roussel.
Régie son, en alternance : Ivan Roussel, Mateo Provost.
Régie plateau, en alternance : Pierre Blanchet, Rodolphe Thibaud, David Leblanc, Clarisse Delile.
Costumes et accessoires : Fabrice Ilia Leroy.
Photographies : Jean-Luc Beaujault.
Codirectrice, administratrice et chargée de diffusion : Claire Massonnet. Régisseur général : Olivier Gicquiaud.
Assistante d’administration et de production : Constance Winckler.
Chargée de communication et de production : Justine Lasserrade.

Production

Production : Compagnie Non Nova – Phia Ménard
Coproduction : documenta 14 – Kassel et Le Carré, Scène nationale et Centre d’art contemporain de Château-Gontier. Performance dans le cadre de la documenta 14 en juillet 2017 rendue possible grâce au soutien de l’Institut français et de la Ville de Nantes. Maison Mère a reçu le Grand Prix du jury au 53BITEF19 – Belgrade International Theatre Festival 2019. Le 22 juin 2020, Le Syndicat de la critique théâtre, danse et musique a décerné à la Compagnie Non Nova – Phia Ménard le prix de la critique dans la catégorie Danse – Performance. La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est conventionnée et soutenue par l’État – Préfet de la région des Pays de la Loire – Direction régionale des affaires culturelles, la Ville de Nantes, le Conseil régional des Pays de la Loire et le Conseil départemental de Loire-Atlantique. Elle reçoit le soutien de la Fondation BNP Paribas et de l’Institut français. La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est artiste associée à Malraux Scène nationale de Chambéry Savoie et au TNB, Centre européen théâtral et chorégraphique de Rennes.

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Autour du spectacle

  • NOUVEAU !

    Garde d'enfants

    Vendredi 14 avril, dès 19 h 30 jusqu’à la fin du spectacle

  • Restitution de l’atelier d’écriture

    animé par Azilys Tanneau

    Vendredi 14 avril à 18h avant la représentation

    Équinoxe – Le Café

  • Rencontre

    avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du jeudi 13 avril

    Équinoxe – Le Café