Cie Zirlib – Mohamed El Khatib

Sur scène, un trompettiste joue la sonnerie du festival d’Avignon. Mais il y a des gradins et des projecteurs, semblables à ceux des stades. Une « baraque à frites » fonctionne à l’entracte devant un club de mascottes tristement ridicules, l’un en lapin, l’autre en poule. Et 53 supporters du RC Lens font face aux spectateurs du théâtre… Serions-nous dans un stade de foot ?

Ces fervents lensois sont ouvriers ou cadres, maires ou mères de famille. Ils chantent les corons, parlent emploi, arbitrage et politique. Sur le fil entre le pathétique et le superbe, Mohamed El Khatib nous saisit. Dans la salle, ça réagit au quart de tour, on rit. Comment ne pas confronter le public d’Équinoxe aux supporteurs lensois, dont on dit qu’ils sont le meilleur public de France ? Ne recherchons-nous pas tous les mêmes sensations : réagir et ressentir en groupe ? C’est l’énergie collective de ces cérémonies contemporaines, à mi-chemin entre le folklore, une nouvelle mythologie et un engagement sans faille, qui est mise en scène. Une incursion des classes populaires qui fascine et interpelle : qu’est ce qui est vrai ? qu’est ce qui est faux ? C’est en fanfare, chansons et pom-pom girls qu’on se laisse emporter !

Presse

« Mohamed El Khatib ne s’est pas lancé par hasard dans ce projet : il a été milieu de terrain dans l’équipe de France junior. Il voulait rendre compte de la passion qui entoure le football, de ce qu’elle entraîne et représente pour ceux chez qui elle devient centrale. Il a choisi de le faire avec les supporteurs du RC Lens, considérés comme les plus fervents de France, avec ceux de l’AS Saint-Etienne.
Inutile de connaître le football pour apprécier Stadium : même ceux qui ne font pas la
différence entre un penalty et un tir au but s’y retrouvent, parce que la question technique est mise de côté. Le spectacle, c’est avant tout le théâtre d’une communauté qui se retrouve derrière un étendard : « Fier d’être lensois. » Et cette communauté est loin d’être homogène : contrairement à l’image que donnent les supporteurs, que l’on a tendance à considérer comme une masse quand on ne fréquente pas les stades, elle se déploie sur le plateau dans toute sa diversité, et devient humaine, incarnée par des gens qui n’auraient jamais pensé se retrouver un jour dans un théâtre, et à qui Mohamed El Khatib offre l’occasion unique d’apparaître tels qu’ils sont.

L’exercice est périlleux, comme toujours en la matière : il faut éviter la sociologie de bas étage, et surtout l’écueil redoutable du voyeurisme, face à un public qui lui, a la chance d’aller au théâtre et pourrait toiser les supporteurs du haut de sa culture, en oubliant qu’eux-mêmes ont la leur. C’est là que Mohamed El Khatib réussit : passées les premières minutes de surprise, il fait entrer le public dans un monde, avec une justesse, une drôlerie et une tendresse qui cassent les barrières entre la salle et la scène. Le décor de Stadium est on ne peut plus simple : un gradin en fer, face au public, et, sur le côté, une caravane, la « Friterie Momo » à laquelle chacun est invité à se ravitailler, à la mi-temps.

Le spectacle commence par un clin d’oeil : un homme joue l’air des trompettes d’Avignon de Maurice Jarre, puis enchaîne avec le « Olé » des stades. Et c’est parti pour le défilé des supporteurs, que l’on voit filmés, dans les cafés ou chez eux, et qui viennent, seuls ou en groupes, témoigner de leur attachement au RC Lens. Pour la plupart, cet attachement est sans limites, mais il s’inscrit à chaque fois dans le cadre d’une vie, et d’une ville ouvrière pauvre, autrefois communiste et aujourd’hui gagnée par le Front national (48,19 % aux dernières élections législatives). Jonathan, la trentaine, y pense quand il entre dans un stade : petit-fils de mineur communiste, il est resté communiste, et oeuvre comme « Capo » – chef d’un groupe de supporteurs – en précisant bien que le mot n’a rien à voir avoir les « Kapo » nazis, mais vient de l’italien.

Jonathan parle des gens « qui se saignent pour venir au stade », et de ces « quatre-vingt-dix minutes pendant lesquelles on oublie tous nos soucis ». Il avoue qu’il a « gâché sa famille » pour le foot, « plus fort que tout ». Un ultra, lui, raconte qu’il est prêt à divorcer, parce que sa femme trouve qu’il passe trop de temps avec son équipe. Violence sociale, violence dans les stades : la question est abordée de front, comme celle, qui représente l’envers du décor, de la solidarité entre les supporteurs, en dehors des stades. Car ce rouge et jaune qui peut envahir jusqu’aux murs des maisons, ce ne sont pas seulement les couleurs du RC, mais un ciment qui soude les gens, dans le quotidien.
Une famille en est un bel exemple : celle d’Yvette, 85 ans, dix enfants, des dizaines de petits et d’arrière-petits-enfants. Quelques-uns ont réussi, tous reviennent le dimanche chez elle. ils chantent Les Corons, de Pierre Bachelet, pour l’anniversaire d’une fille d’Yvette. C’était un moment fort, comme il y en a beaucoup dans Stadium, où des
pom-pom girls, un prêtre, des arbitres, des mascottes… viennent rendre compte d’une passion « foot ». A la fin, les supporteurs sortent par la salle, et la fanfare entraîne le public dans le hall. »
Le Monde – Brigitte Salino

 

Distribution

Texte : Mohamed El Khatib.
Conception et réalisation : Mohamed El Khatib et Fred Hocké.
Avec 53 supporters du Racing Club de Lens
Scénographie, lumière et vidéo : Fred Hocké.
Son : Arnaud Léger.
Collaboration artistique : Eric Domeneghetty, Violaine de Cazenove.
Régie : Violaine de Cazenove, Clémence Drack, Jonathan Douchet, Fred Hocké, Arnaud Léger.
Production : Gil Paon, Martine Bellanza.
Administration : Cécile Boursier, Sibylle Margueron.
Presse : Nathalie Gasser.
Photo : Yohanne Lamoulère.
Conseil éditorial : William Nuytens.

Production

Une production Zirlib.
Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre du programme New Setting et du Fonds SACD Théâtre.
En coproduction avec Théâtre Olympia, Centre dramatique national de Tours – Tandem Douai-Arras, Scène nationale, Festival d’Automne à Paris – Théâtre de la Ville, Paris – La Colline – Théâtre national, Châteauvallon, Scène nationale – Le Grand T, Théâtre de Loire Atlantique – Théâtre national de Bretagne – Théâtre du Beauvaisis – Scènes du Golfe – Vannes, La Scène – Musée du Louvre-Lens. Résidences Le Quai – CDN Angers Pays de la Loire, la Ville de Grenay.

Zirlib est conventionnée par le ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Centre-Val de Loire, par la Région Centre-Val de Loire et soutenue par la Ville d’Orléans.

Mohamed El Khatib est artiste associé au Théâtre de la Ville à Paris, au Théâtre national Wallonie – Bruxelles, au Théâtre national de Bretagne, et à Malraux, Scène nationale de Chambéry et de la Savoie.

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