Édito
Saison 2026/27

George sans s
Chers spectateurs, chères spectatrices, chers usagers,
chères usagères,
Il y a quelque chose d’espiègle dans ce titre emprunté aux Anges au Plafond. George sans s. Un pseudonyme, un costume d’homme, une liberté conquise par la plume et le scandale : Aurore Dupin, baronne Dudevant, a choisi de n’être que George – et cette saison, SON année, nous choisissons de la suivre, pas à pas, sur les chemins du Berry qu’elle aimait tant.
Elle est d’ici. Nohant est à vingt kilomètres. C’est le voisinage. Et pourtant, George Sand n’appartient pas qu’à ce territoire de l’Indre : elle appartient à tous ceux qui ont voulu vivre autrement, aimer librement, penser sans permission. Elle est romanesque et politique, intime et universelle. Elle a tout tenté : le roman champêtre et le théâtre engagé, l’amitié avec Liszt et le dialogue avec Bakounine, l’utopie et la résistance quotidienne. Elle a fait de Nohant une maison d’artistes, un laboratoire d’idées, un refuge contre le bruit du monde – et c’est à cette vision-là que nous voulons rendre hommage. Cette saison lui est dédiée – sans révérence excessive. Car Sand elle-même se méfiait des hommages figés. Ce que nous vous proposons, c’est une rencontre vivante, parfois inattendue : Lambert Wilson
prêtant sa voix magnétique aux lettres ardentes échangées avec Liszt ; David Bobée remontant aux sources mêmes de Lorenzaccio, dont Sand fut la première autrice avant Musset ; nos amis des Anges au Plafond fabriquant en direct, au
coeur d’une forêt installée sur le plateau, une marionnette grandeur nature – une femme qui se construit et qui résiste. Plus discrètement, beaucoup de musique de son époque, et notamment l’Orchestre Consuelo – nommé d’après l’héroïne sandienne – ou ce cycle cinéma qui fait résonner son monde : la terre, les corps, les communautés humaines.
Et de nombreuses créations faites par des artistes femmes. Sans oublier les marionnettes si chères à son fils Maurice.
George sans s, c’est aussi une saison tout entière qui porte les questions que Sand posait déjà au XIXe siècle : comment désirer librement ? Comment résister à l’ordre du monde ? Du freestyle football au Mahabharata, de Molière à Brecht, du cirque sous chapiteau au cabaret transgenre, chaque spectacle est, à sa façon, une réponse – partielle, provisoire, vivante. C’est cela que nous vous offrons : une saison à la mesure de Sand, c’est-à-dire à la mesure de l’humain. Nous vous attendons. Avec George, jamais très loin.
Jérôme Montchal
Et toute l’équipe d’Équinoxe –
Scène nationale de Châteauroux
George Sand
» Personne ne fait une révolution à soi tout seul, et il en est, surtout dans les arts, que l’humanité accomplit sans trop savoir comment, parce que c’est tout le monde qui s’en charge «
Notice, (Préface) La Mare au diable, Paris, 1846