c’était notre terre

Une famille de grands propriétaires terriens, une terre qu’elle croyait posséder pour toujours, un monde qui s’effondre. Avec C’était notre terre, la metteuse en scène Célie Pauthe porte au théâtre le roman de Mathieu Belezi, une fresque familiale saisissante qui nous plonge dans les dernières années de l’Algérie coloniale.

Dans le nord de l’Algérie, le domaine de Montaigne s’étend sur plusieurs centaines d’hectares. Depuis plus d’un siècle, la famille Saint-André y règne en maître. Génération après génération, elle a bâti sa fortune, cultivé ses privilèges et entretenu la conviction profonde que cette terre lui appartenait. Mais nous sommes au cœur de la guerre d’indépendance algérienne et ce monde, que l’on croyait immuable, est sur le point de disparaître.

Au sein de cette grande demeure familiale, les voix se croisent. Celle d’Hortense, la mère, farouchement attachée à son rang et à ses certitudes. Celles de ses enfants, dont les trajectoires révèlent les fractures d’une famille et d’une époque. Et celle de Fatima, leur nourrice kabyle, qui connaît intimement cette maison et ses habitants, mais porte sur leur histoire un tout autre regard.

Une histoire de famille au cœur de la grande Histoire

À travers ces destins entremêlés, Mathieu Belezi raconte bien davantage que la fin de l’Algérie française. Il explore les rapports de domination, les fidélités familiales, les aveuglements et les contradictions de personnages qui voient vaciller tout ce sur quoi reposait leur existence.

Car C’était notre terre ne raconte pas seulement la perte d’un territoire. Le roman interroge aussi ce sentiment de possession qui traverse l’histoire coloniale : comment peut-on se croire chez soi sur une terre conquise ? Comment une famille peut-elle construire son identité sur une histoire de violence et d’injustice, tout en refusant de la regarder en face ?

Publié initialement en 2008 et réédité en septembre 2026 aux éditions Le Tripode, C’était notre terre occupe une place fondatrice dans l’œuvre de Mathieu Belezi. Le romancier a consacré plusieurs de ses livres à l’histoire coloniale algérienne, notamment Attaquer la terre et le soleil, couronné par le prix du Livre Inter en 2023. Sa langue, tour à tour lyrique, âpre, violente et profondément incarnée, fait entendre les voix de celles et ceux que l’Histoire a emportés.

Faire parler les vivants et les morts

C’est cette puissance de l’écriture que Célie Pauthe a choisi de porter à la scène, dans une adaptation élaborée en collaboration avec le romancier lui-même.

Plutôt que de reconstituer une fresque historique, la metteuse en scène donne corps aux souvenirs, aux conflits intimes et aux fantômes qui peuplent le roman. Les époques se répondent, les morts retrouvent la parole, les personnages se confrontent à ce qu’ils ont été et à ce qu’ils n’ont pas voulu voir.

Sur scène, cinq interprètes font surgir cet univers familial déchiré. Les peintures de l’artiste algérien Kamel Khélif accompagnent cette traversée des mémoires, entre évocation des paysages et présence persistante du passé.

À travers cette histoire singulière, c’est une mémoire collective, complexe et encore sensible, qui se dessine. Celle d’une colonisation dont les blessures et les héritages continuent de traverser notre présent.

Un théâtre qui invite à regarder l’Histoire autrement, à travers les êtres, leurs paroles, leurs contradictions et leurs silences.

« Entre récit et scènes dialoguées, la pièce laisse entendre la richesse de l’écriture de Mathieu Belezi et la complexité des relations des uns et des autres à l’Algérie. Les créations lumières et sons évoquent quant à elles la nature qui enveloppe l’Oliveraie, dans un contraste saisissant avec la violence des hommes.« 
TTT TÉLÉRAMA

Mardi 3 novembre 2026 à 20h

C’était notre terre, d’après le roman de Mathieu Belezi, adaptation et mise en scène de Célie Pauthe.

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