L’hors-présence
revue de presse

ils en parlent
Une famille est réunie autour de Laure, qui vit ses derniers instants. Sons, souffles, sensations… Pour l’ouverture du In, Tiphaine Raffier a dévoilé une pièce d’une puissante humanité.
C’est en écrivant et mettant en scène de concert qu’elle excelle, capable de faire vivre et sentir des situations plus qu’humaines, qui soulèvent mille problèmes et que l’artiste ne résout pas mais sème pas à pas.
Simon, Soren et Suzanna, eux aussi, font vivre le débat. Tiraillés entre, d’un côté, aider leur sœur à mourir et lui épargner d’atroces souffrances ou, de l’autre, soulager ses multiples douleurs et l’accompagner jusqu’à son dernier souffle.À la fin, Laure mourra. Mais comment ? Sa nouvelle identité de mourante la contraint aussi à supporter ses proches qui, bientôt, subiront le vide créé par son départ. Elle leur a laissé des instructions. Mais rien n’épargne les disputes, ni les peurs, ni les chagrins, ni les erreurs.
Kilian Orain
TÉLÉRAMA
Sandrine Blanchard
« Tiphaine Raffier signe un nouveau spectacle passionnant et poignant, qui met avec justesse et précision une affaire privée dans le domaine public. Et dont le final est inoubliable. »
Le Monde
Thriller psychologique, le spectacle de la dramaturge, présenté lors de la journée d’ouverture du Festival, interroge le regard de notre société sur la mort.
Avec L’Hors-présence ou Chimères du pays de Morsan, Tiphaine Raffier a offert, lors de la journée d’ouverture du Festival d’Avignon, une nouvelle création d’une humanité puissante et d’une actualité brûlante.
« L’idée de cette pièce est née d’une colère. Mais, à mesure que je me suis informée sur ce sujet, que j’ai lu, écouté, cette colère s’est patinée de doutes, de nuances et de questionnements, explique l’autrice et metteuse en scène dans la feuille de salle. Pour ma part, je suis favorable à l’aide active à mourir, mais je comprends parfaitement que cela fasse débat, compte tenu de la complexité de chaque situation. » C’est là toute la force de ce spectacle : questionner les différents points de vue, interroger le regard de notre société sur la mort, décrire comment les derniers instants mettent « hors présence » au monde les mourants, mais aussi les vivants qui les entourent.
Les deux heures trente de spectacle sont d’une rare densité. Sur scène et dans la salle, le temps est comme suspendu. En trois chapitres (« L’hors-champ », « L’hors-la-loi », « L’hors-jeu »), l’émotion pousse sans cesse à la réflexion. Certaines scènes, comme la dispute entre les frères et sœurs sur ce qui relève ou pas de l’invivable, ou le contenu de la lettre de Laure sur sa volonté de maîtriser sa mort, prennent aux tripes. « Qu’est-ce qu’il y a à comprendre dans le spectacle d’une cancéreuse ? », rétorque Laure (remarquable Edith Mérieau) à une voisine qui épie ses faits et gestes depuis des semaines.
Son œil, c’est notre œil à tous face au tabou de la mort. Après France-fantôme (2017) et La Réponse des hommes (2020), Tiphaine Raffier signe un nouveau spectacle passionnant et poignant, qui met avec justesse et précision une affaire privée dans le domaine public. Et dont le final (que nous ne dévoilerons pas) est inoubliable.
Sandrine Blanchard
LE MONDE
Dans sa nouvelle création, Tiphaine Raffier ne s’empare pas d’un thème, la fin de vie et le droit à mourir dans la dignité, elle fixe, droit dans les yeux, la fin d’une vie. Le naturalisme exacerbé de la première partie est d’abord déroutant pour ceux qui connaissent son œuvre. Sur scène, trône une maison. Derrière les grandes baies vitrées, un intérieur parfaitement recomposé, sa pléthore de minutieux détails, la pesanteur du quotidien, des conversations administratives. Plus lourd, le small talk, de cette fratrie venue accompagner les derniers instants d’une des leurs. Pire encore, leurs silences. Sur le toit, les images filmées en direct sont projetées.
Aïnhoa Jean-Calmettes
LIBÉRATION