renan prévot
portrait chinois

RENAN prévot
Si vous étiez un paysage du Berry ?
Un sentier quel qu’il soit, aux abords de Saint-Chartier.
Si vous étiez une musique ?
« Plus tu es heureux », chanson de Morice Benin.
Si vous étiez une contradiction ?
Une souriante mélancolie.
Renan Prévot
« Je crois pour autant fermement que sa plume ne serait pas restée insensible aux actuelles crises migratoires »
À propos de George Sand
Si vous étiez un combat d’aujourd’hui ?
Je me blâme de ne pas/ de trop peut-être militant, enlisé dans un relatif confort tandis que le contexte appelle à s’insurger. Il me faudrait embrasser un combat dont les enjeux seraient à la lisière de tous, et peut-être, de ce fait celui – plus impérieux que jamais – de la culture, broyée par la déroute politique et institutionnelle, quand nos déterminismes sociaux rejoignent ceux qui sévissaient déjà au XIXe siècle : avec une accélération effrayante, depuis quelques années, de la polarisation des publics ; la fameuse « inégalité des chances » qui m’est une angoisse aussi prégnante que l’angoisse climatique.
Et si George Sand était un paysage du Berry ?
Le cimetière de Ceaulmont-les-Granges, accolé à l’église Saint-Saturnin et face à la Boucle du Pin. Lors d’un séjour à Gargilesse, elle avait émis fugacement le vœu de s’y faire enterrer. J’aime beaucoup l’idée de cette sépulture en promontoire, de livrer son âme à ce paysage vertigineux.
Une musique ?
Je pècherai par orgueil en me croyant susceptible de répondre à sa place ! En « bon élève », je m’autorise néanmoins à vous soumettre le Salve Regina en G Mineur de Haydn. C’est en outre la lecture de Consuelo qui m’a véritablement fait « entendre » l’Œuvre pré-romantique de Joseph Haydn ; puisqu’elle y en fait l’un des principaux protagonistes de cette monumentale somme romanesque, inégalée dans son siècle.
Une contradiction ?
La châtelaine et ses fantasmes révolutionnaires.
Un combat d’aujourd’hui ?
Le lieu-commun m’inclinerait naturellement à vanter son militantisme écologique, revendiqué implicitement dès ses débuts en littérature sous la Monarchie de Juillet. Je crois pour autant fermement que sa plume ne serait pas restée insensible aux actuelles crises migratoires – que malgré la récupération tantôt nauséabonde de son atavisme champêtre, de son goût pour le folklore (entendez-le avec la noblesse originelle du terme) – elle serait aujourd’hui une voix vectrice d’ouverture et de discernement. Et Dieu comme nos esprits frigides en manquent…
Et enfin, si vous pouviez passer une soirée avec George Sand, où l’emmèneriez-vous ?
Je l’entrainerais sur la première scène venue. Son rapport à la pratique théâtrale, un tropisme chez elle que je maîtrise encore bien mal, attise ma curiosité.
On ne retient bien souvent que le passe-temps bouffon derrière le Théâtre de Nohant, or il y avait une vraie démarche ; d’une part sociologique/ ethnographique ; mais aussi un dessein réel de refonder les bases du jeu, de libérer le corps des acteurs et la profession elle-même.
Quel aspect de George Sand aimeriez-vous que l’on connaisse mieux ?
L’Œuvre romanesque de George Sand, sauf bien sûr les incontournables romans champêtres, reste à ce jour méconnue. Une prise de risques serait la bienvenue chez de grands éditeurs, pour que le grand public puisse enfin accéder aux très bons : Château des Désertes, Monsieur Sylvestre, Antonia, la Coupe, etc. ; là seulement Sand ne serait plus exclusivement perçue à l’aune de sa biographie, profuse et tourmentée, mais comme l’autrice et la styliste de génie qu’elle est [et je sais combien jusqu’aux universitaires spécialistes de ses œuvres, encore aujourd’hui, sa prose limpide et faussement désinvolte continue d’être méjugée].
Et quelle idée reçue sur elle aimeriez-vous faire disparaître une bonne fois pour toutes ?
Il y en a tant …
C’est un vrai dictionnaire Flaubertien qu’il faudrait faire à propos de Sand et des idées reçues.
Dans mon activité de guide, je crois chaque saison entendre les pires poncifs, mais l’on creuse toujours davantage !