Tiphaine raffier
interview
Frankreich, Paris, Malakoff, Bastien David, Komponist, zeitgenössische Musik, neue Musik, 17.11.2024,Tiphaine raffier
Comédienne d’abord, puis autrice, metteure en scène, réalisatrice, adaptatrice. Vous ne vous tenez jamais dans une seule case. C’est une stratégie ou une forme d’instinct ?
Ni l’un ni l’autre, c’est une envie d’apprendre et de faire des choses que je ne sais pas encore faire. Ce qui me passionne c’est à la fois l’écriture et la traduction, c’est à dire passer d’un art à un autre. Je prends beaucoup de plaisir à passer du théâtre, à l’opéra, au cinéma. Ces arts-là répondent à des codes et des conventions qui sont à la fois frères et sœurs mais aussi extrêmement différents. Cela rend le travail passionnant.
La pièce nous entraîne au cœur d’une famille en crise dont les membres s’efforcent de garder le contrôle à l’approche de la mort. Pourquoi le huis clos familial comme terrain d’exploration — c’est le lieu où tout se dit, ou justement là où rien ne se dit ?
C’est justement le lieu où rien ne se dit, mais tout est criant quand on est extérieur. À l’intérieur de cette famille on est corsetés par les situations, le poids de l’héritage et la pression des rôles qui nous sont donnés à chacun. Ces rôles qui dépendent beaucoup de notre ordre d’apparition au monde, notamment dans une fratrie. La pièce tient certes du huis clos familial, du thriller voyeuriste, mais aussi du conte fantastique et du drame. C’est aussi mélanger les genres qui m’intéresse beaucoup.
Chaque personnage de la pièce est une chimère au double sens du mot : hybride, et illusion. Comment on écrit des gens qui sont à la fois aimants et violents, lucides et aveugles, sans les juger ?
Sans les juger… C’est une bonne question. J’espère que je ne juge aucun de mes personnages, ce serait terrible de se dire qu’on est en surplomb et qu’on sait mieux faire qu’eux. J’ai l’impression que tous les personnages ont une part de moi, et de nous tous. Ce qui m’importe c’est leur humanité. Ils essaient tous de faire au mieux, ce ne sont pas des personnages en fait, ce sont des personnes. C’est peut-être ça la meilleure façon de ne pas les juger, c’est de les considérer comme des personnes.
Tiphaine Raffier
« c’est justement le lieu où rien ne se dit, mais tout est criant quand on est extérieur. »
À propos du huit clos familial
Vous êtes artiste associée ici. Qu’est-ce que ça veut dire pour vous — être associée quelque part ?
C’est très porteur, parce que c’est un accompagnement plus fort, une alliance. C’est la petite certitude d’être suivie dans des projets peut-être plus aventureux, et c’est très précieux parce que j’ai besoin de ce regard et de cette confiance pour pouvoir mener à bien ces projets. Monter une pièce, c’est ardu, c’est beaucoup de rendez-vous, c’est convaincre beaucoup de monde. Se dire qu’il y a déjà quelques personnes qui vous font confiance, c’est partir en étant un peu plus rassurée, en ayant quelques petits cailloux d’avance dans sa besace. Dans les théâtres où je suis associée, j’essaie d’accorder plus d’attention, plus de temps, de proposer des choses à côté, des rencontres, de bien chérir le lien et accompagner le spectacle pour qu’il soit reçu au mieux et que le public puisse s’en emparer. Être associée permet aussi aux spectateurs de découvrir le travail au-delà du spectacle présenté. Il peut y avoir des résonnances avec d’autres œuvres, et c’est toujours passionnant.