jérôme montchal
Interview

jérôme montchal, quelques années à Équinoxe
Au moment de quitter la direction d’Équinoxe – Scène nationale de Châteauroux pour rejoindre Valenciennes, Jérôme Montchal revient sur les années passées ici : les projets, les rencontres, le territoire, les souvenirs… et ce qu’il emporte avec lui.
Quand tu repenses à ton arrivée à Équinoxe, quel souvenir te revient en premier ?
Mon arrivée dans mon bureau, avec plein de cadeaux de l’équipe qui ne me connaissait pas encore…c’était le prélude à une belle relation.
Parmi les projets menés ici, y en a-t-il un ou plusieurs dont tu es particulièrement fier ?
Pas forcément les plus visibles ou les plus importants, mais ceux qui ont peut-être marqué quelque chose pour toi.
Le premier projet c’était de faire revenir le public au théâtre, et encore plus après le Covid, et cela a fonctionné puisque nous sommes passé de 29 000 à 41 000 spectateurs dans la grande salle ; Avec notre cinéma et les bénéficiaires de nos différentes actions, cela fait 100 000 usagers à fréquenter notre scène nationale !
Jérôme Montchal
« J’ai essayé de donner de la fierté à ce territoire, à ma modeste mesure, en programmant des spectacles de très haut niveau, ou venant de l’international.«
Y a-t-il eu un spectacle, un artiste, une rencontre ou un moment de scène qui reste particulièrement associé, pour toi, à ces années castelroussines ?
Il y en a tellement….
Je crois que La guerre n’a pas un visage de femme de Julie Deliquet, qui a été nommée depuis directrice du Théâtre national de la Colline, est un des meilleures pièces de théâtre que j’ai vues de ma vie. Tout y était, justesse de l’écriture (un prix Nobel quand même !), thématique originale et forte, comédiennes parfaites, beau décor, un théâtre qui traverse le corps et l’esprit et qui pourtant y reste longtemps gravé. Une coproduction Équinoxe quoi !
J’ai également beaucoup aimé A simple space des australiens du GOM circus. Nous étions au plateau au plus près des comédiens, on les sentait, et ils jouaient non pas pour nous, mais avec nous qui étions à deux mètres d’eux.
La rencontre rocambolesque avec le compositeur Bastien David, et tout ce que nous avons bâti avec lui depuis, et qui illustre à merveille les missions d’une scène nationale. C’est l’équipe qui désormais s’approprie ce vaste projet qui mêle créations et actions d’éducation artistique et culturelle.
Évidemment la rencontre fortuite (mais je suis persuadé que le hasard n’existe pas) avec Paul Molina qui s’est révélé être un interprète de grande valeur, à la forte présence et à l’explosivité folle. Avec lui c’est le corps triomphant, doublé de quelques fêlures qui lui donnent toute sa valeur. Paul est aussi un excellent sportif et un ami… Il tourne dans le monde entier aujourd’hui, et a un emploi du temps surchargé…. Une belle illustration des droits culturels.
Diriger une Scène nationale, c’est aussi travailler avec un territoire et avec celles et ceux qui y vivent. Qu’est-ce que ce territoire t’a appris ou apporté ?
Ce que j’ai essayé de faire avec ce territoire, c’est de mieux le connaitre pour programmer en fonction des habitants, et concevoir des actions territoriales qui étaient adaptées, d’où la création d’« En campagne », notre tournée annuelle de décentralisation.
J’ai aussi essayé de donner de la fierté à ce territoire, à ma modeste mesure, en programmant des spectacles de très haut niveau, ou venant de l’international. Également en coproduisant (c’est-à-dire en aidant financièrement à la création) des spectacles en partenariat avec le festival d’Avignon, une manière de dire aux habitants du département que l’excellence est aussi en milieu rural.
Équinoxe, c’est aussi une équipe. Qu’est-ce que tu retiendras de cette aventure collective ?
Les goûters !
Sans rire, je suis très triste de laisser cette équipe très engagée dans le projet, très portée sur le service public de la culture. Je lui ai donné beaucoup de travail, trop parfois sans doute. Mais ensemble nous avons connu de vrais résultats, avec une très forte hausse des spectateurs et des abonnés.
Je garde pour chacun des membres de l’équipe un souvenir particulier, drôle souvent, amical toujours. Ils ont toujours été là, et ils garderont cette « niaque » là !
Et qu’est-ce que tu emportes de Châteauroux avec toi à Valenciennes ?
Quelques cartons ! Des brochures de saison, et beaucoup de souvenirs de cette ville qui a tant évolué, y-compris durant le temps de ma présence ici. Une ville où il fait bon vivre, avec de bons commerces, beaucoup d’animations, un cadre urbain et hyper verdoyant, à deux heures de Paris. Franchement Châteauroux est le secret le mieux gardé de France ! La seule ville où tu peux croiser des tracteurs dans les rues et de gros avions juste au-dessus de toi !
Quelques questions pour finir… Ton endroit préféré à Châteauroux ou dans l’Indre ?
Ayant fait des études d’histoire, j’ai un faible pour la fontaine monumentale d’Argentomagus qui me parait très mystérieuse, les maisons et fermes anciennes de Moulins-sur-Céphons avec sa motte féodale, et j’ai été ému devant la tombe de Luminais dans le cimetière de Douadic, un peintre du XIXème siècle que j’aime beaucoup.
Un moment improbable ou inattendu vécu ici et que tu n’es pas près d’oublier ?
En début de mandat, le covid, un coup d’arrêt qui a été extrêmement choquant dans notre métier, comme dans beaucoup d’autres. Je me revois dans le hall regarder avec l’équipe l’allocution du président de la république alors qu’il y a un concert de jazz dans la salle.
En fin de mandat, et plus positif, c’était quand même improbable d’organiser notre joli championnat d’Europe de freestyle football dans notre théâtre, et pourtant c’est bien un art de la scène, et grand public en plus !
Une expression, une habitude ou une spécialité locale que tu emportes avec toi ?
Le pain bénit ! J’adore, c’est très typique car on ne le trouve pas ailleurs. Donc il faudra que les spectateurs et l’équipe m’en envoient à Valenciennes !
La chose qui va le plus te manquer ?
Plein de choses ! Les repas avec les amis d’ici, l’équipe avec laquelle je me sens totalement en phase, Balsanéo, le sandwich du mardi midi devant un film dans notre magnifique cinéma Apollo, le climat de parfaite entente avec les partenaires d’Équinoxe, le Cacolac du café Equinoxe, le marché du samedi matin sous le soleil, la campagne !