de NouVeAuX moNdes

« Je donne un nom meilleur aux merveilles du jour J’invente à nouveau le vent tape-joue
Le vent tapageur
Le monde à bas je le bâtis plus beau »

Louis Aragon, « Secousse », août 1918, dans Feu de joie, 1920.

 

Aragon parle ici d’une jeunesse en révolte. Et dans le même temps de son enthousiasme pour la modernité, notamment le cinéma américain ou le Paris des métros. Comme nous tentons de le faire dans notre programmation, il cherche à repoétiser le quotidien en partant de cet ordinaire meurtri ; André Breton dira d’ailleurs en 1924 : « Aragon échappe plus aisément que quiconque au petit désastre du quotidien ». C’est dans ce geste empreint de paradoxe que nous avons voulu cette programmation.

Alors oui ! Parlons et partons de notre quotidien avec le théâtre
du réel
(Fuir le fléau ou le marathon Je m’en vais mais l’État demeure), et échappons-nous simultanément vers de nouveaux mondes !
Vers les États-Unis, fantasmés, surtout à Châteauroux où la présence de la plus grande base américaine en Europe (1951-1967),
et du premier fast-food, a laissé des traces persistantes et vivantes, dans les paysages comme chez les habitants. Avec en toile de fond,
le rêve américain, si fort et si fragile, si désiré et empli de contradictions. Un peu à l’image de cette saison où le Philip Glass Ensemble, Kurt Elling ou la
Symphonie du nouveau monde
nous donneront le meilleur des États-Unis, mais aussi où des artistes surdoués nous dévoilent le revers du rêve occidental avec les migrants et le temps fort « Artistes et exils », les pays en guerre avec la nouvelle création de Tiago Rodrigues, coproduite par Équinoxe, ou le choc d’un monde post-apocalyptique avec les jeunes révoltés de Room with a view avec Rone et le Ballet national de Marseille.
« Ô nouveau monde admirable, qui contient des gens pareils ! »
s’écrie Aldous Huxley dans
Le Meilleur des mondes. Car la meilleure nouvelle de ce retour à une vie qu’on espère plus normale,
c’est la redécouverte de l’autre à travers soixante-cinq spectacles (!), la joie d’être ensemble, l’étonnement de s’émerveiller collectivement de l’ingéniosité humaine des comédiens, danseurs, circassiens
et musiciens, la surprise renouvelée de la force de l’art et de la beauté qui nous a tant manquée, comme vous…
Finalement la redécouverte de nouveaux mondes !

Jérôme Montchal, directeur et toute l’équipe d’Équinoxe – Scène nationale de Châteauroux